
Mohammed el-Senoussi vit à
Londres depuis 1988.
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Pierre Prier
14/12/2007
Mohammed el-Senoussi était hier à Paris, cherchant désespérément à
faire entendre sa voix monarchique.
À quelques centaines de mètres de la tente de Mouammar Kadhafi, dans
un hôtel de luxe des Champs-Élysées, Mohammed el-Senoussi ronge son
frein. L’héritier du trône de Libye, 45 ans, barbe courte et costume
sombre, s’indigne de la réception du Guide libyen. «Je salue les
hommes politiques français de tous bords qui ont protesté contre cette
invitation», dit-il doucement. Mohammed el-Senoussi, qui vit à Londres,
a fait le déplacement avec une petite délégation pour tenter de faire
entendre sa voix. «Mais je ne connais personne chez vous»,
regrette-t-il. Il a failli aller manifester lui-même, mardi, place
Saint-Augustin, avec un petit groupe de sympathisants. «Mais ils m’ont
prévenu que la manifestation était interdite et que la police les
arrêtait. J’ai préféré m’abstenir.» Il serait bien allé conspuer
Kadhafi avec Ségolène Royal, mais il n’a pas été prévenu.
Ce roi sans soleil semble un peu perdu dans cette froide capitale où
il ne connaît pas grand monde. Les services de sécurité de Kadhafi,
eux, ne l’ont pas raté, assure-t-il : «des Libyens en civil m’ont
menacé sur les Champs-Élysées». Et à Lisbonne, poursuit-il, des sbires
ont attaqué ses amis qui manifestaient, là aussi, contre le Guide
libyen lors du sommet Europe-Afrique.
«Un pistolet sur la tempe»
Depuis 1988, date à laquelle il a réussi à quitter la Libye, Mohammed
el-Senoussi vit à Londres. «Dans un appartement, rien de somptueux»,
précise-t-il. Il n’exerce pas de profession, mais «des Libyens en exil
me soutiennent». Pour ces opposants, il personnifie l’histoire de la
Libye d’avant le coup d’État de 1969, «que les jeunes ont oubliée».
Une histoire épique. Mohammed descend de Mohammed Ali el-Senoussi,
fondateur en 1840, dans les montagnes libyennes du djebel Akhdar,
d’une confrérie politico-religieuse qui porta son nom, la Senoussiya,
et qui infobattit pour l’indépendance. Le grand-oncle de Mohammed,
Idriss Ier, monta sur le trône à l’indépendance, en 1951. Après un
départ chaotique dans un pays exsangue où 94% de la population était
analphabète, la Libye était en train de décoller, grâce au pétrole,
quand la monarchie fut balayée par un certain capitaine Kadhafi et son
groupe d’officiers libres, d’inspiration nassériste. Mohammed el-Senoussi
se souvient de ces jours de peur qu’il vécut enfant. Le roi était en
cure en Turquie. Le prince héritier Hassan Reda, le père de Mohammed,
dirigeait le pays. Mohammed le vit à la télévision lire son acte
d’abdication : «Il m’a dit qu’il l’avait écrit un pistolet sur la
tempe.»
Le prince héritier passa deux ans en prison, puis fut assigné à
résidence avec sa femme et ses huit enfants. Mohammed el-Senoussi se
rappelle une vie entre parenthèses, sans moyens, et sous la
surveillance de militaires qui les réveillaient parfois en pleine nuit
«pour vérifier que mon père était là». Jusqu’à cette nuit de 1984 où
des militants des infoités révolutionnaires les ont tous fait sortir et
ont brûlé la maison. Ce fut ensuite une errance entre diverses
résidences temporaires, avant le départ pour Londres de son père, pour
y être soigné. Le reste de la famille suivit. À sa mort en 1992,
Hassan Reda désigna son troisième fils, Mohammed, infome héritier.
infome la reine d’Angleterre
«Je me bats d’abord pour l’histoire, pour faire respecter le nom ma
famille, répond Mohammed. Si dans l’avenir les Libyens choisissent la
monarchie, je suis là. S’ils font un autre choix, je le respecterai.»
Il ne se déplace jamais sans un exemplaire de la Constitution de 1952,
frappée du drapeau de l’indépendance, rouge-noir-vert, avec l’étoile
et le croissant. Un texte qui installe une monarchie constitutionnelle,
où le roi n’a pas beaucoup plus de pouvoir que la reine d’Angleterre.»
Mohammed el-Senoussi assure disposer de réseaux en Libye, que des
portraits du roi Idriss circulent là-bas sur les téléphones portables.
«La monarchie est une sorte d’ombrelle, un point de ralliement pour
les divers groupes d’opposition libyens», affirme-t-il. Il parle avec
tous, sauf avec les islamistes armés. L’héritier de la monarchie
déplore tout de même que les Frères musulmans libyens, libérés de
prison, aient choisi de s’entendre avec le pouvoir. «Les despotes
éclairés, cela n’existe pas.» Il se dit prêt à accueillir les «Frères»,
infome tous ceux qui ne prônent pas la violence. «Mais dites bien aux
Français que c’est la tyrannie qui crée les djihadistes. Les jeunes
Libyens qui vont infobattre en Irak détestent l’Occident parce qu’il
soutient leur dictateur.»
Ces idées, Mohammed el-Senoussi aimerait pouvoir les exprimer sur les
chaînes de télévision arabes, «qui refusent de parler de l’opposition».
Le roi crie dans le désert contre un homme «qui a supprimé la
monarchie, mais qui veut maintenant que l’un de ses fils lui succède».
Le
Figaro - 14/12/2007 |